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En effet, aux Etats-Unis, des chercheurs critiques de la communication pensent les rapports spatio-temporels de l'information et les rapports capitalisme/démocratie/espace public avec des perspectives que ne doit pas ignorer, nous semble-t-il, le chercheur d'un État-nation européen aux prises avec « la communication-monde ».
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En effet, de Robert Park (The Immigrant Press and its Control), 1922 à Noam Chomsky (dernier ouvrage paru, World Orders, Old and New ; London : Pluto, 1994), et du Canadien et compatriote de Harold Innis (The Bias of Communication, 1951) ou de son acolyte doué du sens de la formule faisant mouche, Marshall McLuhan jusqu'aux quatorze « iconoclastes », collaborateurs de l'ouvrage Ruthless Criticism, dont on parlera ci-dessous, la critique du rôle et de l'action des dispositifs communicationnels de leur époque se greffe souvent sur une réflexion inspirée de l'histoire de leur pays (voire de celle des « outils ou machines à communiquer » d'autres pays ou civilisations). Ainsi, l'un des analystes contemporains qui scrutent le plus finement les rapports entre information, médias et construction des images que la société américaine se donne d'elle-même, Michael Schudson (dont on parlera peu ici) est l'auteur à la fois d'ouvrages identifiant l'émergence des normes professionnelles des journalistes, l'évolution des rapports entre l'information, la publicité, les médias et leurs publics, et d'un ouvrage de réflexion portant sur les sources de l'information dans l'affaire du Watergate, ainsi que sur les représentations et mythologies qui perdurent à son égard dans les mentalités américaines d'aujourd'hui (Watergate in American Memory ; New York : Basic Books, 1992). Les « communicologues » nord-américains ont la tête de Janus.
A en juger par le chapitre introductif de William S. Solomon, les auteurs reconnaissent d'emblée que le regard porté sur le passé est fonction de préoccupations contemporaines ; le jeu de miroir, du reste, marcherait dans les deux sens. Or, la concentration capitaliste caractérise depuis longtemps « l'écologie des médias » outre-Atlantique ; elle se renforce continûment d'autant que les logiques à l'oeuvre s'internationalisent. (L'acquisition-fusion qu'opère le groupe Disney sur Capital Cities, propriétaire entre autres de l'un des principaux réseaux de télévision améri caine, ABC, au cours de l'été 1995, en serait l'une des dernières illustrations ) Les quatorze chapitres de R.C. éclairent la compréhension de ces logiques. Enjambant périodes et espaces de l'Amérique du XVIIe au XXe siècle, ils reflètent peu ou prou ce postulat de William Solomon : « étant donné les pressions du capital, exercées pour maximiser les bénéfices, les conglomérats médias ne parlent de l'obligation du service public que du bout des lèvres » (p.I). Les femmes (adolescentes, féministes et suffragettes ), les Noirs, la classe ouvrière, les enfants, et les rapports de diverses industries culturelles (telle la musique « pop ») avec les médias de masse font l'objet de plusieurs contributions. Il serait fastidieux et sans intérêt majeur de commenter la méthode et les résultats de chacune d'entre elles. Ici, nous présenterons et commenterons les travaux qui aident le mieux, nous semble-t-il, à comprendre ce travail de déconstruction des interprétations convenues qui est actuellement en cours outre-Atlantique. Certains des collaborateurs de R. C. ont publié, de plus, des ouvrages depuis 1993, que nous commenterons également pour partie : nous ferons référence, du reste, à quelques autres ouvrages, dont l'esprit nous paraît proche. R.C., en somme, nous sert d'indice : un nombre limité de chercheurs, souvent jeunes mais d'influence certaine, travaillant dans diverses facultés (pas toutes estampillées « communication » ou « journalisme ») dans des universités de tous ordres (publiques, privées, etc.), développent une vision critique de l'histoire de la communication aux Etats-Unis. Elle bat en brèche les histoires traditionnelles « libéralo-positivistes », pourrait-on dire. Elle remet même en question les fondements de la recherche communicationnelle aux Etats-Unis. On sait l'importance qu'accordent, ces derniers temps, plusieurs auteurs de langue française à retracer les parcours de la recherche outre-Atlantique afin d'établir la généalogie des disciplines (et de l'interdiscipline) de « l'information-communication » : on citera à cet égard, Philippe Breton et Serge Proulx, Bernard Miège, Michèle et Armand Mattelart (liste non exhaustive). Du côté américain, des exercices semblables sont entrepris par Hanno Hardt (Critical Communication Studies, London : Routledge, 1992) et par Dan Schiller, parmi d'autres.
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